interview

 

 

Près de 10 millions de téléspectateurs ont en mémoire "Les Coeurs brûlés", série dans laquelle Josy Bernard incarnait Patricia, fille de Mireille Darc et de Pierre Vaneck. Pourtant, si c'est par la télé que la comédienne a connu le succès, ce sont apparemment ses expériences au Théâtre qui lui laissent les meilleurs souvenirs. Un retour sur les planches est d'ailleurs prévu début 2003, ce qui n'est pas pour déplaire à l'actrice qui au cours de ces derniers mois, avait quelque peu délaissé sa carrière afin de se consacrer à son plus beau chef d'oeuvre, une jolie petite fille qui répond au doux prénom de Mae.

 

 

 

La plupart des gens vous ont découverte dans "Les Coeurs brûlés", une série qui a connu un énorme succès, au milieu d'une superbe distribution. Vous incarniez la fille de Mireille Darc et de Pierre Vaneck, la nièce de Michel Duchaussoy, la soeur de Pierre Cosso... Pouvez-vous nous parler de cette expérience qui vous a véritablement révélée au grand public ?

- C'est vrai que j'étais très enthousiaste de cette aventure à l'époque. C'était pour moi le premier rôle important à la télé. Cette série a connu un énorme succès et deux ans plus tard, on a tourné la suite : "Les Yeux d'Hélène". J'étais ravie de retrouver toute l'équipe. Nous avons passé deux fois six mois sur la Côte d'Azur, dans des endroits sauvages. C'était fantastique. J'étais très fière de tourner avec tous ces comédiens, particulièrement Michel Duchaussoy pour qui j'ai beaucoup d'admiration. En revanche, l'impact de la série a presque fermé les désirs des metteurs en scène de Cinéma. J'étais trop marquée par ce personnage. Depuis, j'ai reçu moins de propositions pour le Cinéma et ma carrière a dévié vers la télé.

 

D'ailleurs, en même temps que "Les Coeurs brûlés", vous tourniez dans "Catherine Courage" où vous aviez aussi un rôle important...

- Oui, j'avais le deuxième rôle féminin. Le scénario était parfait. Jacques Ertaud, le metteur en scène", était emporté, romanesque. Les costumes, Prague... Tout m'a séduit... et Florence Thomassin, l'héroïne, est devenue une véritable amie.

 

Comment vous est venue l'envie de devenir comédienne ? Etait-ce un rêve de petite fille ?

- Non, pas du tout ! Quand j'étais enfant et que je voyais des films, pour moi, ce n'était que du rêve. Je ne songeais même pas que les personnages étaient des acteurs. C'était des personnages, un point c'est tout. J'ai fait deux années de droit, je voulais devenir avocate. La comédie m'a déroutée de mon "droit" chemin ! J'avais à l'époque un ami qui faisait du théâtre. Je suis allée le voir jouer et ça m'a donné envie d'essayer, mais sans aucune ambition, un peu par curiosité... Et puis, il y a eu le déclic. Le goût de la liberté d'être, de l'imaginaire, des horizons variés. J'ai laissé tomber mes études d'avocate, chose que je ne regrette pas. J'aurais eu beaucoup de mal à défendre les salopards ! Je suis montée à Paris, comme on dit. Pour gagner ma vie, je faisais des défilés de mode et je me suis inscrite aux cours de Véra Gregh, une prof exceptionnelle. Aujourd'hui, je regrette de ne pas avoir su profiter pleinement de toute son expérience, de toute sa force, de toute sa générosité.

 

A certains moments, avez-vous eu d'autres envies, des attirances vers d'autres métiers, à part la Comédie et le métier d'avocate ?

- J'aurais beaucoup aimé travailler avec les animaux ou être une Camille Claudel, mais je n'ai aucun talent pour ça. J'aime l'art sous toutes ses formes, peinture, sculpture, architecture... Je vais régulièrement à des expos. Pourtant, paradoxalement, je rêve parfois de faire un "métier normal".

 

Est-ce que les cours ont été d'une grande importance pour votre carrière de comédienne ?

- Aux cours, on apprend la technique et on découvre des auteurs. C'est enrichissant, mais ce ne sont pas les cours qui donnent le talent et la chance. Je crois davantage aux expériences de la vie. Gober les instants, happer les moments... Tout comme les enfants d'ailleurs. Leur jeu est spontané. Quand on joue, on ne pense pas... C'est sans doute ça, la clé du miracle.

 

Quel souvenir gardez-vous de votre tout premier rôle ?

- C'était dans "Roméo et Juliette". A l'époque, je ne me sentais pas prête et je ne voulais pas auditionner. Pourtant, j'ai été choisie et c'était finalement une belle chance de pouvoir commencer comme ça ! D'ailleurs, je suis restée amie avec plusieurs acteurs de la pièce. Certains ont laissé tomber la Comédie, mais notre amitié est restée intacte et durable.

 

Vous semblez affectionner tout particulièrement vos rôles au Théâtre...

- J'adore le Théâtre... J'ai joué de jolies pièces, de styles très différents. Ce sont mes meilleurs souvenirs de travail. Par exemple, à Genève, il y a deux ans, où je jouais le rôle principal de "5ème avec ascenseur", l'histoire d'une biographe qui découvre l'amour avec son voisin de palier, un grand auteur. Je ne sortais pas du plateau et c'était excitant de danger. J'ai enchaîné avec "Le malade imaginaire" aux côtés de Jean-Claude Dreyfus. Nous sommes devenus amis. J'adore sa folie, sa démesure, sa grandeur de vivre. Tout est grand avec lui, comme lui d'ailleurs !

 

Et au Cinéma, pouvez-vous nous parler de votre première expérience ?

- Un petit rôle dans "Mauvais Garçon". J'étais la première fiancée de Bruno Wolkowitch qui lui, avait le rôle principal. J'avais une très jolie scène avec lui, au tout début de l'histoire. A sa sortie de prison, il me retrouvait dans les bras d'un autre et décidait de me quitter. Cette scène de rupture devait être très crédible puisqu'à partir de ce moment, sa vie basculait Nous avons pris du temps pour filmer cette scène, chose plus difficile en télé. Jacques Bral, le réalisateur, avait laissé s'installer une atmosphère lourde avant le tournage. Il m'avait isolée, dans le but de créer ce sentiment de vide, quand la vie bascule et qu'on ne sait pas vers quoi. C'était intéressant comme approche.

 

Bruno Wolkowitch, votre "fiancé fugitif", vient d'ailleurs régulièrement sur "citeartistes.com". Quel souvenir avez-vous gardé de lui ?

- Quelqu'un de très doux, patient, consciencieux.

 

Et parmi tous les films que vous avez tournés, avez-vous d'autres préférences ?

- Les tournages avec Jacques Ertaud : "Soleil d'automne", "Catherine Courage"... "Pour l'amour des autres" de Planchon, "L'amour à vif" de Jean-Pierre Améris... Il y a aussi "Cavalcades" un film pour le Cinéma que j'ai tourné il y a deux ans. Ce film n'a pas encore été distribué en France, mais il a participé à un certain nombre de festivals aux Etats-Unis où il suscite pas mal d'engouement. C'était un tournage "sauvage", pas d'argent, que du coeur et de l'impro... et puis la série "25 Degrés Sud", pour deux raisons... J'ai pris beaucoup de plaisir à incarner une méchante et j'ai passé plusieurs mois en Afrique ! Le pied ! Moi qui rêvait d'animaux, je me suis gavée de safaris. L'Afrique, c'est les tripes. C'est fort, c'est viscéral, pas de chi-chi ou de flon-flon.

 

Et le tournage ?

- Super, mais dangereux...

 

Je me souviens de la scène ou Marie est attaquée par un lion. Je pense que c'était l'une des scènes les plus dangereuses... Pouvez-vous nous raconter ?

Pendant les tournages, toutes les précautions étaient prises. Il y avait les dresseurs d'animaux. C'était assez rassurant. Pour la scène du lion, par exemple, qui était interprétée par Isabelle Gayrard et Laurence Marion, je n'étais pas là, mais je sais que juste avant le tournage, le lion qui était bien sûr dressé, avait été par précaution, gavé de nourriture. Mais le danger, c'était plutôt en dehors du tournage... Nous ne pouvions pas restés enfermés les jours de repos. Lorsqu'on sortait, il fallait être vigilant. Mais ça reste pour moi une expérience fantastique. Même si le racisme est hélas encore très présent dans ce pays, j'ai adoré l'Afrique pour l'aventure, l'inconnu, les rencontres que j'y ai faites et la puissance qui s'y dégage... Et puis les safaris, la cruauté de la nature... Deux lionnes et leurs lionceaux en train de dévorer un zèbre, c'est à la fois impressionnant et fascinant, tout comme le survol du pays en petit avion. Il y a quelque chose de sacré dans cette terre que je respecte.

 

Et ce rôle de méchante ?

- C'était jouissif. Elsa, mon personnage, est une méchante, avec ses raisons, bonnes et mauvaises. D'ailleurs, si j'avais eu à choisir, j'aurais préféré qu' Elsa reste méchante jusqu'à la fin ! Jouer les tendres nécessite un scénario béton, sinon on tombe dans le mielleux et je déteste ça. Ou alors il faut un métier que je n'ai pas encore acquis.

 

Est-ce qu'il y a un type de rôle qu'on ne vous a jamais proposé et que vous aimeriez interpréter ?

- Plein, heureusement ! Une muette par exemple. J'adorerais ! Et une prostituée... Il y a quelque chose de touchant et de terrorisant dans ces vies gâchées. Et un personnage réel, ça met une vraie pression d'être le "porte-parole" d'une vie riche. Comme j'adore Salvador Dali, j'aimerais jouer le rôle de Gala, son épouse... une femme pas tendre de ce que je crois en savoir !

 

Que pensez-vous de la télé-réalité ?

- Vous voulez dire les souris de laboratoire... Ca entretient le voyeurisme et je n'aime pas ce que le voyeurisme engendre. Au delà de cette mode, j'aimerais que les décideurs prennent davantage de risques. L'audimat est un moteur qui peut marcher au super et c'est bien connu, ce qui est beau ne brille pas forcément.

 

Quels sont vos projets à présent ?

- Donner le meilleur de moi-même à ma fille et reprendre le chemin de l'école buissonnière, c'est-à-dire la Comédie. Je remonte sur les planches à partir de janvier 2003. Les répétitions doivent commencer en octobre mais d'ici là, je vous donnerais davantage de détails.

 

Avec plaisir ! Nos internautes seront sûrement ravis d'aller vous applaudir.

 

 

propos recueillis par Maryline Richer

 

 

 

retour